Depuis 2020, l’ESTIA a fait le choix de structurer sa coopération avec le continent, en passant de collaborations ponctuelles à une démarche de long terme. L’objectif : construire des partenariats solides avec des établissements d’enseignement supérieur, des acteurs économiques et des écosystèmes d’innovation africains, dans les domaines qui constituent le cœur des métiers de l’école.
Ce choix s’inscrit aussi dans une transformation majeure des équilibres mondiaux. Avec près de 60 % de sa population âgée de moins de 25 ans, l’Afrique est aujourd’hui le continent le plus jeune de la planète. À l’horizon 2050, environ un habitant du monde sur quatre devrait être africain. Cette dynamique démographique place la formation des jeunes générations, le développement des compétences scientifiques et technologiques, l’innovation et l’entrepreneuriat au cœur des enjeux des prochaines décennies.
Pour une école d’ingénieurs comme l’ESTIA, coopérer avec des partenaires africains, c’est donc aussi préparer l’avenir : créer des liens entre établissements d’enseignement supérieur, chercheurs, étudiants et entreprises; partager des compétences ; et faire émerger ensemble des réponses aux transformations industrielles, technologiques et environnementales.
Cette coopération repose sur une conviction : la réciprocité dans les échanges.
Depuis 2020 ESTIA a structuré ces coopérations sur ses différents métiers :
- former, en développant les mobilités étudiantes et en coconstruisant des formations technologiques avec les établissements partenaires ;
- chercher et expérimenter, à travers des projets de recherche appliquée et de transfert technologique ;
- accompagner l’innovation, en créant des passerelles entre startups, incubateurs et écosystèmes entrepreneuriaux ;
- ouvrir les étudiants sur le monde, en leur permettant d’étudier, de réaliser un stage ou de découvrir d’autres environnements académiques, professionnels et culturels.
Des échanges qui fonctionnent dans les deux sens
La mobilité constitue l’une des dimensions les plus visibles de cette coopération. Chaque année, l’ESTIA accueille une centaine d’étudiants issus de différents pays et la dynamique fonctionne également dans l’autre sens puisque depuis 2020, 125 étudiants de l’ESTIA ont effectué une mobilité académique ou un stage en Afrique. Pour les étudiants ESTIA, ces expériences représentent bien davantage qu’une mobilité internationale. Elles permettent de découvrir d’autres cultures, d’autres pratiques professionnelles et d’autres réalités économiques et industrielles. Elles participent pleinement à la formation d’ingénieurs capables de travailler dans des environnements internationaux et interculturels.
Pour ces échanges ESTIA peut désormais s’appuyer sur 14 conventions de partenariat avec des universités africaines notamment en Tunisie, en Guinée, en Côte d’Ivoire, à Madagascar, au Cameroun et au Bénin ; mais aussi sur des accords de double diplôme, avec l’ESITH et l’HESTIM au Maroc ;
Autres dimensions clé : des étudiants peuvent acquérir un diplôme ESTIA en restant dans leur pays et ce grâce au partenaires sur places :
- Le Bachelor en industrie du Futur avec l’IMSET de Tunisie,
- La Master BIHAR en intelligence artificielle avec l’ESATIC en Côte D’Ivoire, IT Universty à Madagascar ou ESSFAR au Cameroun
Former avec les partenaires, au plus près des besoins des territoires
La stratégie de l’ESTIA ne consiste pas à reproduire à l’identique en Afrique des formations conçues au Pays Basque. L’ambition est au contraire de coconstruire des programmes avec les établissements partenaires, en tenant compte des besoins en compétences et des réalités économiques et industrielles locales.
Le projet Guinée Industrie du Futur (GIF) en constitue une illustration.
Le projet GIF a été développé avec l’Université de Kindia et soutenu par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères dans le cadre du programme ADESFA : il a abouti à la création du Master Innovation et Entrepreneuriat pour l’Industrie du Futur, dont la première promotion de 18 étudiants a débuté en juillet 2025.
Le projet ne se limite pas à la création d'un diplôme. Il associe :
- la formation des étudiants aux technologies avancées, à l’innovation et à l’entrepreneuriat ;
- le transfert de compétences et la formation des enseignants de l’Université de Kindia par les enseignants de l’ESTIA,
- l’implication des acteurs économiques locaux notamment au travers des 24h de l’Innovation réalisés en avril 2025 avec 12 entreprises locales,
- la création de liens avec l’industrie pour les stages et l’insertion professionnelle.
C’est cette logique de construction avec les partenaires plutôt que de simple déploiement d’une offre existante qui guide aussi les coopérations engagées par l’ESTIA.
Recherche et transfert : mettre les expertises de l’ESTIA au service de projets concrets
Les coopérations africaines mobilisent également ESTIA Recherche et ESTIA Tech, notamment sur des sujets liés au numérique, à l’intelligence artificielle, à l’industrie et à la transition environnementale.
Avec le projet européen DEEP FARM, l’ESTIA a contribué par exemple, à Madagascar et en Côte d’Ivoire, au développement des compétences en intelligence artificielle et en Big Data appliquées à l’agriculture.
Étudiants et enseignants ont travaillé sur des problématiques agricoles concrètes en s’appuyant sur la donnée, des cas d’usage et des dispositifs expérimentaux. À Madagascar, cette coopération passe notamment par la réplication du modèle du DataLab (plateforme IA au service des entreprises) de l’ESTIA pour créer un espace pérenne de formation et d’expérimentation autour de l’agriculture, de la data et de l’IA.
Autre terrain d’application : l’économie circulaire. En 2024, Proparco, filiale du groupe AFD, a confié à l’ESTIA une étude de préfiguration d’une filière de recyclage textile en Afrique subsaharienne, menée au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Ghana pour tenter de répondre à la problématique de la massification des vêtements de seconde main importés d’Europe dont une partie peuple les décharges africaines.
Ces projets illustrent une même approche : croiser formation, recherche appliquée et transfert pour travailler sur des problématiques directement liées aux territoires et à leurs acteurs.
Connecter les écosystèmes d’innovation
La coopération passe enfin par les entrepreneurs et les startups.
À travers le département Start-up de l’ESTIA, ESTIA Entreprendre, l’école développe des passerelles entre les écosystèmes africains et néo-aquitains.
- En 2022 ESTIA a réalisé une assistance technique pour le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation en Guinée pour travailler à la structuration d’une technopole (Pôle d’Innovation de Forécariah).
- Entre 2022 et 2025, les équipes d’ESTIA entreprendre ont réalisé plusieurs missions en Afrique de l’Est pour auditer des incubateurs et faire des formations pour le projet BIC Africa avec le réseau européen European Business and Innovation Centre Network (EBN) : en Ethiopie, à Madagascar et aux Comores.
- Enfin entre 2021 et 2025, pour le programme SIRENA Startup – Soft Landing financé par la Région Nouvelle Aquitaine, ESTIA a structuré une passerelle avec le Sénégal, pour qu’aux côtés du Japon, du Canada ou de l’Espagne, l’Afrique soit présente dans les « destinations » proposées aux start-ups néo-aquitaines. Le partenariat avec l’incubateur sénégalais de référence, le D-Hub de la DER/FJ a ainsi accueilli chaque année 2 ou 3 start-ups de Nouvelle Aquitaine tandis qu’en réciprocité les incubateurs aquitains accueillaient des start-ups Sénégalaises toujours dans cet esprit de réciprocité.
Vers une nouvelle étape : une Chaire dédiée aux industries circulaires en Afrique
Après plusieurs années de coopération, l’ESTIA souhaite aujourd’hui franchir une nouvelle étape en fédérant ses expériences, ses expertises et ses partenariats autour d’une ambition commune : contribuer, avec ses partenaires africains, au développement d’une industrie plus circulaire, plus sobre en ressources et créatrice de valeur localement.
L’enjeu est considérable. Alors que le continent dispose d’importantes ressources et devra créer plus de 20 millions d’emplois par an d’ici 2050, l’Afrique ne représente aujourd’hui que 1 à 2 % de la production industrielle mondiale. Une grande partie des matières premières est encore exportée avant transformation, limitant la valeur créée localement. Dans le même temps, l’industrialisation à venir doit composer avec la raréfaction des ressources et les impératifs environnementaux. C’est pour répondre à ce double défi, industrialiser davantage tout en inventant des modèles de production plus durables, que l’ESTIA travaille à la création d’une Chaire Industries Circulaires Afrique. Pensée comme une plateforme ouverte et partenariale, elle doit réunir établissements d’enseignement supérieur, chercheurs, industriels et entrepreneurs africains et européens autour des quatre métiers déjà mobilisés par l’ESTIA sur le continent : formation, recherche appliquée et transfert technologique, innovation et entrepreneuriat.
Deux secteurs ont été identifiés comme prioritaires pour initier les travaux :
- l’agriculture et l’agroalimentaire, pour réduire les pertes, valoriser les déchets et coproduits, optimiser l’usage de l’eau, de l’énergie et des matières premières et développer des boucles locales de ressources ;
- le textile, pour développer le réemploi et le recyclage, réduire les déchets liés à la production, favoriser des fibres locales et durables et structurer de nouvelles chaînes de valeur circulaires.
Cette future Chaire traduit l’ambition de la stratégie Afrique de l’ESTIA : passer progressivement de projets de coopération à un écosystème durable de formation, de recherche, de transfert et d’innovation, construit avec les partenaires africains et au service des transformations industrielles du continent.












